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guerre civile - Page 7

  • Qui a dit guerre civile ?... (2)

    Nous reproduisons ci-dessous un article de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site huyghe.fr et consacré aux traces de panique qui commencent à transparaître dans le discours du gouvernement...

    Spécialiste de la guerre de l'information, François Bernard Huyghe, auteur de nombreux livres, a récemment publié La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015) et Fake news - La grande peur (VA Press, 2018).

     

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    Qui a dit guerre civile ? (2) - Parti de l’ordre, parti de la peur ...

    Dans le dernier article, nous rappelions qu’il n’y a pas guerre civile, car il n’y a heureusement eu ni mort, ni usage d’armes létales. Mais, violence il y a et nous en sommes au huitième affrontement / défi sur rendez-vous. Le dernier épisode - la fuite rue de Varenne (ou de Grenelle) de Benjamin Griveaux assiégé en son ministère - montre l’effet panique qui gagne les gouvernants. Voir ses déclarations : « C’est la République et les institutions qui étaient visées. Ce ministère est le ministère des Français et de l’équilibre des institutions… Nous ne céderons rien à la violence.». Le ton est moins martial que lorsqu’il dénonçait la « peste brune ». Ou lorsqu’il était question « d'agitateurs qui veulent l'insurrection et, au fond, renverser le gouvernement » et face auxquels « nous devons être encore plus radicaux dans nos méthodes » (et ne remontons pas à « ceux qui fument des clopes et utilisent du diesel »). Cela s’appelle la peur.

    Au-delà de la personne du porte-à-faux gouvernemental, tout affrontement de ce type révèle la polarisation d’une société et oblige à se ranger dans un camp où dans l’autre Dominant dominé, aujourd’hui assiégeant assiégé. D’où la question : guerre de mouvement ou guerre de position ? Dans la mesure où les forces en présence se mesurent jour après jour, cherchent à s’affaiblir mutuellement et à gagner progressivement des avantages y compris symboliques, nous sommes bien en présence d’une guerre de position au sens de Gramsci.

    Donc un front principal, social, politique, idéologique et deux camps, hétérogènes mais unifiés par la lutte. Les Gilets jaunes clivent la France comme l’affaire Dreyfus en son temps et si vous voulez passer un dîner en ville paisible, souvenez vous du célèbre dessin de Caran d’Ache et évitez d’en parler. Mais comme nous allons en parler ici, commençons par quelques définitions de base. Quand le conflit revient, il se structure autour d’intérêts, certes, mais aussi de croyances fondamentales - à commencer par les fameuses valeurs -. Mais tout cela ne va pas sans discours explicatifs et sans projets à réaliser (vaincre, c’est imposer sa volonté). Mon tout s’appelle, on s’en doute lutte pour l’hégémonie.

    Commençons par par le camp au pouvoir, très bien identifié par les commentateurs comme celui des élites. C’est une notion qui recouvre, les riches, la technostructure d’État, les milieux financiers, les classes urbaines à haut niveau de revenu, à éducation développée, à forte mobilité. Mais aussi des gens à visibilité sociale élevée, experts, faiseurs d’opinion, et bien sûr gens de médias. Je ne sais pas si l’énumération qui précède fait beaucoup de sens en sociologie, mais elle est évidente pour ceux qui manifestent. Et c’est souvent le terme de bobo qu’emploient les Gilets jaunes, agacés autant par les privilèges que par la prétendue supériorité morale de ceux d’en haut, pour désigner l’ennemi de classe. Cela devient combat de l’ochlocratie (pouvoir des foules) contre l’oligarchie (pouvoir de quelques uns). C’est du moins ainsi que disaient les Grecs qui ne disposaient pas des intéressants concepts de centraux et périphériques ou progressistes et populistes et ne regardaient pas les émissions de débat.

    Quels intérêts ? De son aveu même, le macronisme est une philosophie de premier de cordée, d’obsédé du mouvement et de la réussite, de techno saint-simonien qui s’ignore mais qui pense que tout est problème + solution pour qui est assez dynamique. Le succès de Macron s’expliquait par sa capacité à rassembler (outre les retraités qui avaient peur que MLP leur supprime leurs euros économisés) a) une bourgeoisie « progressiste », « bougiste », libérale et libertaire à la fois dont les maîtres mots sont moderniser et ouvrir et b) une bourgeoisie plus traditionnelle, ayant largement voté Fillon, mais qui pensait que ce type dynamique allait débureaucratiser et trouver des réponses pragmatiques pour une bonne gestion.
    Poursuivre la réforme structurelle, conformer le pays aux standards internationaux libéraux devient alors l’alpha et l’omega, capable de faire oublier le vieux clivage (d’ailleurs très relatif et bien mis à mal sous Hollande) droite/gauche ou libéraux atlantistes / keynesiens européens. C’est le parti, on l’a écrit cent fois, des centraux contre les périphériques, des bénéficiaires de la mondialisation contre les perdants, des « everywhere » contre les « somewhere », etc.

    Quelles « passions » ? Vu du point de vue macroniste, elles sont dynamiques et positives à fortes connotations entrepreneuriales : succès, mouvement, ouverture, universalisme, innovation, efficacité. Le tout résumé par un vague appel aux « valeurs de la République » qui sont bonnes filles et se laissent reprendre par qui veut. Et qui servent largement à assimiler le manifestant violent à un ennemi de la République (il est connu que les révolutions de 1789, 1830, 1848… furent non-violentes). D’où les concours d’indignation et les appels à condamner encore plus fortement les violences inacceptables.

    D’où leur douloureux étonnement de découvrir qu’il y a des personnes « illibérales », conservatrices, soucieuses de leur identité, demandeuses de protection, attachées à leurs communautés et à leur patrimoine, etc. Ce ne peut être que parce qu’il y a manipulation (ces gens sont désinformés) ou par fragilité psychique (peur de l’autre, repli sur le passé). Il doit y avoir des remèdes. D’où une invraisemblable incompréhension de toute forme de critique classée sous la catégorie
    - de l’ignorance (ils n’ont pas compris, les résultats ne leur sont pas encore assez sensibles, ils sont intoxiqués par des complotistes, d’ailleurs la satanique manipulatrice Frigide Barjot ne vient-elle pas de se réveiller)
    - ou des penchants criminogènes (extrémisme, violence et subversion).

    Nous le verrons dans l’article suivant, les passions des classes supérieures sont vécues comme des marques de mépris par celles d’en bas.

    Quelles interprétations ? Le logiciel macroniste est binaire et assez simple. Le monde va dans le sens d’une société des individus plus apaisée et plus universelle. Le mouvement de l’économie et de la technologie pousse en ce sens et l’Europe incarne l’achèvement d’une société postpolitique respectueuse des droits, des individus qui doivent s’y épanouir, mais aussi de la Nature que nous ne devons pas brutaliser non plus. Le binôme mouvement et respect constitue une synthèse indépassable. Indépassable, sauf que des milliards d’individus, chinois, russes, indiens ou autres, ne sont pas de cet avis et qu’au sein même du Paradis post-historique européen, la plèbe renâcle.

    Quels projets ? Ici la tactique se révèle plus confuse qui devrait nous permettre de retourner à la grande stratégie (marche en avant progressiste universaliste du bloc bourgeois, victoire finale sur les derniers ferments de nationalisme ou de conservatisme). Que faire ?
    - Argument de l’ordre, moi ou le chaos, qui devrait ramener au bercail la droite plus traditionnelle un moment choquée par le comportement décontracté de Jupiter
    - Diabolisation du mouvement Gilet jaune assimilé (amalgamé ?) à ses éléments les plus durs physiquement ou idéologiquement. C’est le thème : bande de casseurs anti-Républicains, beaufs, homophobes et russophiles, antisémites, zemouro-dieudonno-houelbecquiens, abrutis, etc.
    - Relativisation : le mouvement s’essouffle et n’est d’ailleurs pas si représentatif
    - Division : nous ne confondons pas les aspirations légitimes (auxquelles va d’ailleurs répondre notre dynamique, mais nous avons tardé et avons mal expliqué) et la volonté diabolique des subversifs anti-Républicains
    - Carotte : venez dialoguer, nommez des représentants, exprimez vous par écrit, et. D’ailleurs ne vous a-t-on pas lâché dix milliards en dix minutes le dix décembre ? Médiation et discussion. Ce qui n’empêche pas que nous poursuivrons notre marche triomphale vers la réforme, pendant que vous serez au comité Théodule.
    - Promesses : vous allez voir le Grand Débat national…

    Cela peut marcher ? Pour gagner, il faut s’imposer dans les têtes et transformer ses propositions en évidences qui fonctionnent spontanément. Nous verrons dans un prochain article ce qu’il en est en face.

    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 6 janvier 2019)

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  • Qui a dit guerre civile ?... (1)

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré à l'ambiance de guerre civile qui se développe en France au travers des discours des protagonistes de la crise des Gilets jaunes... Spécialiste de la guerre de l'information, François Bernard Huyghe, auteur de nombreux livres, a récemment publié La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015) et Fake news - La grande peur (VA Press, 2018).

     

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    Qui a dit guerre civile ? (1) - Les mots qui engagent

    Ce n’est pas la guerre civile, mais c’est déjà un vocabulaire de guerre civile. Quand Benjamin Griveaux fustige les agitateurs et parle des personnes les plus radicalisées (1) contre qui il réclame « la loi, toute la loi, rien que la loi ». Quand il dénonce le gens qui restent mobilisés, comme « des agitateur qui veulent l’insurrection ». Quand il les décrit « dans un combat contre la légitimité du gouvernement et du président de la République». Quand il dit qu’Éric Drouet qui organise une manifestation sans déclaration préalable « n’est pas au dessus des lois »…

    Quand Christophe Castaner (qui, par ailleurs se félicite que tout soit bien passé dans la nuit de la saint-Sylvestre, avec seulement un millier de voitures brûlées, mais pas par les Gilets jaunes, donc avec zéro arrestation) pointe les « séditieux » (un mot qui a un sens plutôt fort depuis le code pénal de 1810). Quand il demande plus de fermeté aux préfets et suggère que les policiers sont un peu mous de la matraque et hésitants du flashball. Quand Mounir Mahjoubi parle des puissances étrangères « qui ont la volonté d’influencer les démocraties occidentales pour les déstabiliser ».

    Et bien sûr, quand le président de la République parle des porte-voix d’une « foule haineuse », quand, se réclamant des générations qui nous ont précédé et se sont battues pour ne subir ni le despotisme, ni aucune tyrannie (Jean Moulin réveille toi, Drouet et entré dans Paris !) il parle de négation de la France et d’ordre républicain qu’il faudra sauver sans complaisance (il n’a pourtant pas manqué de blessés et de mis en examen, de l’avis même de policiers qui demandent ironiquement s’ils doivent tirer pour être enfin un peu virils, que diable!)…

    Quand tout cela s’accumule sur fond de peur de la peste brune, violente, homophobe et poutinophile, trop bête pour comprendre les bienfaits du pacte de Marrakech (qui par ailleurs ne contient rien de contraignant, braves gens.)…

    Quand de commentateurs de télévision qui se sont illustrés par une certaine vigueur en 68 ou avec la Ligue Communiste de Krivine (dissoute après une nuit d’émeutes et une centaine de blessés parmi les forces de l’ordre) hurlent à la subversion. Quand ils découvrent dans un éclair de génie le mécanisme provocation, répression, solidarité, escalade, front de classe. Quand des prophètes qui écrivaient « Vers la guerre civile »(1969) poussent des cris de paroissiennes à l’idée qu’il y ait des manifestations non autorisées ou que d’horribles prolos refusent d’obéir aux appels à se disperser de nos sympathiques Compagnies Républicaines de Sécurité..

    Quand, dans le camp d’en face quelques isolés (mais qui, eux, n’ont été élus par personne et n’ont aucune responsabilité de défendre les règles républicaines) parlent d’entrer dans l’Élysée, se réclament de l’exemple de Maïdan ou du printemps arabe (qui furent pourtant admirés en leur temps par nos maîtres penseurs et moralisateurs)…
    Quand on parle de gens prêts à mourir comme sur une vidéo qui circule en ce moment. Quand les rodomontades sur le calibre 12 au fond du placard que l’on pourrait aller chercher un jour ne font plus rire.

    Oui, alors là, il est permis de parler d’ambiance et de gueule d’atmosphère.

    Mais au fait qu’est-ce que la guerre civile ? Le moment où une fraction de la population se dresse contre une autre (et/ou contre l’appareil d’État qui protège la seconde) et la tient pour ennemie. D’où il découle généralement le recours aux armes, l’organisation en fractions opposées luttant pour le contrôle du territoire et l’existence des institutions. Il y a l’affrontement physique et jusqu’à soumission ou disparition de la partie adverse de deux visions de l’organisation des pouvoirs. Dans la guerre civile, chacun choisit son camp, et, parfois, déclare comme ennemi celui qui, la veille, était son concitoyen.

    Les Grecs avaient un mot pour cela, ils parlaient de la Stasis, crise à la fois politique, morale et sociale, nous dirions aujourd’hui idéologique, qui dresse citoyen contre citoyen, et non soldat de la Cité contre soldat étranger (même si, bien entendu, l’intervention étrangère ne date pas d’hier).

    Nous ne résistons pas à une citation de Montherlant :

    Je suis la guerre civile. Et j’en ai marre de voir ces andouilles se regarder en vis-à-vis sur deux lignes; comme s’il s’agissait de leurs sottes guerres nationales. Je ne suis pas la guerre des fourrés et de champs. Je suis la guerre du forum farouche, la guerre des prisons et des rues, la guerre du voisin contre le voisin, celle du rival contre le rival, celle de l’ami contre l’ami .

    Bien sûr, nous n’en sommes pas là, les dix morts Gilets jaunes ou assimilés l’ont été par accident, personne ne tire sur personne. Et si j’avais le malheur de crimpenser cela, je me ferais rattraper par la patrouille des valeurs qui nous unissent.
    Bien sûr. Mais si la guerre n’est pas encore civile et dans les rues, quelle sorte de guerre y a-t-il dans les têtes ?

    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 5 janvier 2019)

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  • Franco, symbole des féroces guerres de mémoire...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 21 juin 2018 et consacrée à la guerre des mémoires autour de Franco relancée par le nouveau premier ministre socialiste espagnol... 

     

                                     

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  • Les feux de la Saint-Sylvestre...

    Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque les incendies de véhicule à l'occasion de la nuit du Nouvel An...

    Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet a publié cet automne aux éditions Léo Scheer un roman intitulé La nouvelle Dolorès. Il devrait prochainement publier son journal, de l'année 1971 à l'année 1994.

     

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    Les feux de la Saint-Sylvestre

    La France est le seul pays moderne, doté de lois souveraines et d’ambitions internationales, dans lequel la progéniture d’immigrés extra-européens incendie des voitures, à l’occasion de la Saint-Sylvestre – rebaptisée, ou plutôt (dirai-je pour éviter la référence chrétienne) renommée « réveillon du nouvel an ». Les mêmes néo-Français en brûlent également, quoique en des proportions moindres, à l’occasion du 14 juillet – ces deux dates étant symboliques d’une haine de la France qui serait une haine de soi si ces individus se considéraient comme français – ce qu’ils sont pourtant juridiquement : de là l’origine du feu.

    Plus de 1000 véhicules ont été incendiés avant-hier sans que personne s’en émeuve, à commencer par les médias qui ont ordre de ne jamais présenter de façon négative les dérives de l’immigration (laquelle n’est peut-être tout entière qu’une dérive). On se contente de donner le nombre de véhicules et d’arrestations, comme on l’a fait pour le nombre de chrétiens assassinés par des musulmans, il y a quelques jours, au Pakistan et en Égypte ; et puis on passe à autre chose, c’est-à-dire à rien, ce néant pouvant prendre par exemple un visage anonyme dans la mort d’une douzaine de personnes, en un incendie à New York, lequel a suscité plus d’intérêt que la mort de 15 personnes, à Bombay, ce qui se passe aux États-Unis ayant, on le sait, plus de valeur que ce qui a lieu en Inde ou ailleurs.

    Incendier des voitures est un rite dont nul homme politique ne s’avisera cependant de tirer des conclusions : cette nuit barbare n’est pas un paradoxal écho de la Saint-Jean ; elle est un élément de la guerre civile en cours en un pays où le Droit est l’objet d’une incantation d’autant plus hyperbolique que les lois sont bafouées, ou réinterprétées en faveur des « minorités visibles », donc intouchables, car jouissant du statut « incontournable » de « victimes ».

    Que le petit-bourgeois universel (qui inclut les bobos, rappelons-le) ripaille pendant que les voitures brûlent dans toute la France, c’est là non plus un signe de classe mais celui d’un temps qui a vu s’effondrer toute valeur verticale. Ce sont aussi les « dommages collatéraux » liés à l’immigration de masse et à la faillite du système éducatif, diront certains. Mais non, vous exagérez ! L’Éducation nationale fonctionne bien et veille à la pureté politique : des parents d’élèves ne viennent-ils pas de  s’indigner d’une comptine dans laquelle on évoquait un petit Chinois à travers ses « stéréotypes », et ne l’ont-ils pas vigoureusement dénoncée ? Voilà, bêlent-ils, un dommage collatéral dû à l’ancien monde. Mangez et dormez tranquillement, Mesdames et Messieurs (formule d’ailleurs suspecte de stéréotype, puisqu’elle ne prend pas en compte les déviances sexuelles à présent normées) : nous veillons, pendant que les incendies de voitures entretiennent la flamme de ces victimes que sont les délinquants ordinaires – en vérité des guerilleros qui brûlent des automobiles, faute de pouvoir (encore) brûler des chrétiens et des juifs.

    La guerre, vraiment ? Mais oui : comment qualifier ces incendies autrement que comme des faits de guerre civile, au sein de l’incessante lutte communautariste de tous contre tous, au sein d’un système qui invite à ne pas s’assimiler et donc à immigrer dans la langue et les coutumes d’origine, par conséquent à réfuter à la communauté de base, celle qui a fait la France en sa prééminence culturelle, qui est judéo-chrétienne ? La France n’est plus qu’un grand incendie, qu’il soit manifeste, comme dans les banlieues prétendues « difficiles », ou bien couvant sous la cendre qui recouvre la tradition.

    Ainsi le capitalisme mondialisé convoque-t-il la doxa de la nouvelle histoire de l’espace-France, puissamment relativiste et post-nationale, pour éradiquer toute tentation nostalgique au profit d’une présentification béatifique, dans laquelle immigrés haineux et post-français incultes communient dans cette forme d’incendie général qu’est la haine de tous contre tous, sous l’œil du veau d’or consumériste, en un territoire qui n’est plus qu’une friche civilisationnelle et spirituelle.

    Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 2 janvier 2018)

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  • Le pari multiculturaliste...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Werner, cueilli dans le n°100 d'Antipresse, lettre d'information de Slobodan Despot, dont une nouvelle formule sera disponible la semaine prochaine.

    Auteur d'un essai essentiel, L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme, 1998 puis Xénia, 2015), Eric Werner vient de publier dernièrement Un air de guerre (Xénia, 2017).

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    Le pari multiculturaliste

    Pour prévenir le chaos inévitablement liée à l’imposition contrainte et forcée du multiculturalisme, il n’y a pas d’autre moyen que le recours à l’Etat total.

    Certains disent que l’Union européenne est en train de partir en petits morceaux. C’est sans doute exagéré. En revanche, ce qu’on constate, c’est qu’un vrai fossé est en train de se creuser entre l’Est et l’Ouest du continent, avec d’un côté les pays favorables au multiculturalisme et de l’autre ceux qui lui sont hostiles. La ligne de partage recoupe plus ou moins l’ancien rideau de fer, mais plus ou moins seulement. Les positions autrichiennes en la matière sont, par exemple, plus proches des positions hongroises, tchèques ou polonaises que des positions allemandes, suisses, ou françaises.

    En outre, le débat sur le multiculturalisme est transversal. La société allemande est, par exemple, très divisée sur la question. Tout comme la société française, suisse, etc. Sauf que, dans ces derniers pays, les adeptes du multiculturalisme sont aujourd’hui solidement installés au pouvoir. On voit mal, à l’heure actuelle, ce qui pourrait les en déloger. Seul un événement géopolitique, peut-être. Et encore. En ce sens, la division actuelle de l’Europe en deux blocs antagonistes, l’un favorable, l’autre hostile au multiculturalisme, apparaît durablement installée.

    L’hostilité au multiculturalisme se nourrit de plusieurs critiques, mais la plus importante, sans doute, est celle que résume la référence à la guerre civile. Le premier ministre hongrois insiste ainsi sur le lien, qu’il estime «évident», entre l’immigration de masse et le terrorisme (1). L’insécurité au quotidien est volontiers aussi mise en avant. Dans certains pays, elle a atteint un niveau tel que les gens sont amenés à éviter certains quartiers ou à ne pas prendre le train ou le métro à certaines heures de la journée. D’autres encore déménagent (2). Les populations de même origine tendent ainsi à se regrouper en certains points du territoire pour constituer des «blocs socioculturels» (3). Le multiculturalisme trouve ici sa limite.

    Plus fondamentalement encore, on invoque les leçons de l’histoire. Les sociétés multiculturelles, dit-on, portent en elles les germes de leur propre désintégration. Autrement dit, elles ne sont pas viables. Car, pour qu’une société soit viable, il faut que les citoyens aient un minimum de choses en partage (ethnie, religion, langue, livres, un passé commun, etc.). Pas forcément toutes, mais quelques-unes quand même. Autrement elle éclate, avec à la clé des troubles pouvant, effectivement, conduire à la guerre civile. Le pays alors disparaît, ou s’il se maintient, ne parvient à le faire qu’au prix d’une recomposition démographique. Concrètement, les minorités sont expulsées ou exterminées.

    On ne reprochera pas aux adeptes du multiculturalisme d’ignorer ces risques ni même de les sous-estimer. En règle générale ils en sont conscients. Mais ils ne les croient pas rédhibitoires. C’est sur ce point qu’ils se séparent de leurs antagonistes. Leur raisonnement, en gros, est le suivant: Il y a, certes, disent-ils, des risques, risques, le cas échéant, pouvant même s’avérer mortels. Nous ne les contestons pas. En même temps, nous pensons être en mesure de les surmonter. Les surmonter comment? Par un ensemble de mesures volontaristes visant notamment au renforcement du contrôle social.

    Pour répéter ce qui précède sous une autre forme encore, on pourrait dire que pour pallier la menace du chaos liée aux progrès du multiculturalisme, on s’emploie à favoriser l’émergence d’un Etat total. Comment faire en sorte que le multiculturalisme ne débouche pas dans la guerre civile? En construisant l’Etat total. C’est ce qu’on pourrait appeler le pari multiculturaliste

    Le pari multiculturaliste consiste à dire: nous ne reviendrons jamais en arrière, tenez-vous le pour dit. Nous avons fait un certain choix, nous irons jusqu’au bout de ce choix. Nous étoufferons dans l’œuf toute velléité de remise en cause de l’option multiculturaliste. Mais en même temps, nous ne voulons pas le chaos. A cette fin, nous construisons l’Etat total.

    Ce n’est jamais dit explicitement. Mais très certainement c’est ce qui est pensé. Car cela correspond à ce qui se fait concrètement. On pense en particulier aux lois antiterroristes. Mais pas seulement. Le «tout-numérique» pousse également dans cette direction (4). Comme aussi l’atomisation sociale en général (5).

    Tel est le pari multiculturaliste. Les adeptes du multiculturalisme jugent ce pari gagnable. Il est peut-être gagnable. Mais à quel prix? Peut-être aussi sera-t-il perdu. Car l’Etat total lui-même ne garantit pas nécessairement la non-guerre civile. On aura alors les deux choses: et l’Etat total, et la guerre civile.

    Eric Werner (Antipresse n°100, 29 octobre 2017)

     

    Notes
    1. Le Monde, 23 juillet 2016, p. 3.
    2. Le Figaro, 25 octobre 2017, p. 12.
    3. J’emprunte cette expression à Christophe Guilluy (La France périphérique: Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014, p. 134).
    4. Cf. François de Bernard, L’Homme post-numérique: Face à la société de surveillance générale, Yves Michel, 2016.
    5. Les analyses de Hannah Arendt conservent à cet égard leur pleine validité.

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  • De l'aigle impérial au drapeau rouge...

    Les éditions des Syrtes viennent de rééditer un roman de Piotr Krasnov intitulé De l'aigle impérial au drapeau rouge. Officier de cavalerie russe, Piotr Krasnov a combattu aux côtés des armées blanches dans la guerre civile comme ataman des Cosaques du Don. Figure de l'émigration pendant l'entre-deux-guerres, il rejoindra par anti-communisme le camp de l’Allemagne et contribuera à la levée d'unités de volontaires cosaques pour combattre les soviétiques. Il mourra pendu à Moscou en 1947.

    L'écrivain triestin Claudio Magris a évoqué la figure de Krasnov dans Enquête sur un sabre (Gallimard, 2015)

     

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    Paru à Berlin en 1921-1922, De l'aigle impérial au drapeau rouge rencontra dès sa parution un immense succès littéraire dans l'émigration russe. Dans un style flamboyant, le livre décrit la vie en Russie depuis le début du règne de Nicolas II jusqu'à la fin de la guerre civile. L'art de Krasnov fait penser à un roman-feuilleton, à l'image de ses prédécesseurs français du XIXe siècle, notamment Alexandre Dumas. Grâce à de nombreux rebondissements et coups de théâtre, l'auteur nous plonge dans le bruit et la fureur de temps devenus lointains, décrivant la fin d'une époque, ne nous épargnant aucune cruauté de la Grande Guerre, de l'agonie de la Russie impériale et de la terreur tchekiste, avec un mélange de mélancolie et de sentimentalisme, de courage et d'euphorie en même temps que d'abattement et de recherche du tragique. Tout cela donne au livre une âme éminemment russe et en fait une grande réussite littéraire.

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